13ème Forum mondial du développement durable

La lutte contre le réchauffement climatique, facteur de division ou force motrice d’un nouvel ordre mondial ?

Session 2 : Stratégies d’acteurs nationaux et régionaux

ELEMENTS DE DEBAT

Les débats qui ont suivi les exposés ont essentiellement mis l’accent sur les points suivants.

La voiture électrique

Tesla, le constructeur de berlines électriques de luxe, a choisi Reno, dans le Nevada, pour construire la plus grande usine du monde en matière de batteries lithium-ion ; il est prévu qu’elle puisse produire (essentiellement avec des énergies renouvelables) 500 000 batteries par an. L’investissement correspondant représente 4 à 5 G€. Il s’agit d’un programme-pionnier auquel le monde de l’énergie s’intéresse beaucoup, comme à toutes les questions qui concernent le stockage d’énergie. C’est une étape importante dans la genèse d’un transport automobile beaucoup moins polluant, qui pourrait permettre de produire massivement des véhicules électriques attractifs au cours des prochaines décennies. En revanche, un échec, que beaucoup considèrent comme une hypothèse possible, porterait un coup sévère à l’évolution de cette filière.

Le financement de la transition énergétique

Jusqu’à présent, dans l’histoire de l’humanité, toutes les nouvelles sources d’énergie qui ont été découvertes sont venues s’ajouter aux précédentes sans s’y substituer. Or actuellement on voudrait substituer aux énergies existantes des nouvelles ressources décarbonées. C’est très original et très difficile à réaliser. Si on voulait ne pas trop dépasser les 2° souvent considérés comme l’objectif des efforts de limitation du réchauffement climatique, il faudrait laisser les réserves de charbon et de pétrole dans le sol. Mais on imagine mal le mécanisme qui pourrait en donner l’assurance.

Il y a évidemment des signes intéressants : ainsi, l’Université de Stanford a décidé de ne plus financer les activités de recherche liées aux énergies fossiles. Mais, plus généralement, la mobilisation des ressources publiques et privées en faveur du développement durable est au centre de nombreuses réunions, auxquelles participent notamment les grands investisseurs du domaine de l’énergie (fonds de pensons, compagnies d’assurance etc.). Les débats concluent unanimement à l’importance cruciale d’un partenariat mondial pour le développement durable. Mais il faut bien admettre que, là où les états rencontrent des grandes difficultés pour négocier et conclure des accords pérennes, la finance internationale ne connaît pas de frontière et réagit selon les logiques qui lui sont propres, avec des effets amplificateurs qui peuvent être extrêmement brutaux ; il arrive que les efforts d’investissement passent très rapidement d’un secteur à l’autre. Il y a là un danger pour l’avenir du développement durable.

Manuel Baroso avait fait, en 2013, une communication sur le coût de la transition énergétique en Europe : 1 100 milliards d’euros : 500 G€ pour la partie production, 400 G€ pour la partie réseaux de transport électriques et gaziers et 200 G€ pour les réseaux de distribution. C’est évidement considérable par rapport à ce que les instances européennes et les états seraient susceptibles de financer (même si on admettait que ces derniers puissent défalquer certains investissements de leur dette publique). Une importante participation d’investisseurs privés est indispensable. La difficulté majeure que rencontrera la transition énergétique sur notre continent, c’est sans doute la possibilité de mobiliser en sa faveur une épargne privée qui s’éloigne de plus en plus de l’économie réelle.

Des indicateurs prenant en compte les émissions grises

Pour apprécier les résultats atteints par chaque état, il conviendra de définir, de faire approuver au plan international et de suivre régulièrement une batterie d’indicateurs permettant d’apprécier les efforts de chaque état, par exemple :

  • indice de performance environnementale ;
  • intensité carbone de l’économie (émission de GES / PIB) ; cet indicateur est pertinent pour les pays en forte croissance et la Chine s’y intéresse fortement ;
  • indicateur de précarité énergétique, permettant de mesurer une dimension sociale importante qui touche souvent les jeunes générations…

Des variantes de ces indicateurs devront prendre en compte les émissions grises incluses dans les biens importés car la réduction locale des émissions de GES n’est pas satisfaisante si elle résulte d’une délocalisation des activités de production.

Le système de régulation des émissions de CO2

Le système de régulation des émissions de CO2, qui repose aujourd’hui sur l’instauration d’un marché des droits à polluer, doit être profondément réexaminé. Ce système couvre les secteurs énergétique et manufacturier ; il plafonne le niveau global des émissions autorisées et, dans cette limite, permet aux industriels d’acheter et de vendre des quotas d’émissions (ETS), selon leurs besoins. Mais l’activité des entreprises polluantes s’étant fortement réduite avec la crise, le prix de la tonne de carbone s’est effondré, rendant ce système totalement inefficace… Il est vrai que compter sur les marchés financiers pour réguler un maillon essentiel d’une chaîne de solidarité mondiale relevait d’un certain optimisme !

Consulter l’article de synthèse : Les acteurs nationaux et régionaux face au réchauffement climatique

Consulter : Intervention de M. Michel Derdevet

Consulter : Intervention de M. Mark Ginsberg

Consulter : Intervention de M. Julian Hadas

Consulter : Intervention de M. Feng Jiang

Consulter : Intervention de Mme Anne Guichard

Consulter : Intervention de M. Achilles Zaluar

Consulter : Intervention de M. Didier Hamon

Consulter : Intervention de M. Denis Simonneau