13ème Forum mondial du développement durable

La lutte contre le réchauffement climatique, facteur de division ou force motrice d’un nouvel ordre mondial ?

Session 2 : Stratégies d’acteurs nationaux et régionaux

INTERVENTION DE M. JULIAN HADAS

Deuxième secrétaire de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris

La lutte contre le réchauffement climatique et le succès de la COP 21 constituent des véritables priorités pour le Président Barack Obama et pour le secrétaire d’Etat John Kerry. Celui-ci a dit très clairement la semaine dernière que le réchauffement climatique représente une des plus grandes menaces pour l’avenir de notre planète. L’implication de la Chine et des Etats-Unis est cruciale pour relever un tel défi. C’est pourquoi en novembre 2014 le Président Obama a dévoilé, conjointement avec son homologue chinois, un engagement ferme pour la COP 21 : en ce qui concerne les Etats-Unis, réduction des émissions de GES de 26 à 28 % d’ici à 2025 (par rapport à la référence de 2005) ; quant à la Chine, elle s’est engagée à atteindre son pic de pollution d’ici à 2030. Ces objectifs s’ajoutent à ceux que nous poursuivons déjà aux Etats-Unis à l’horizon 2020, c’est-à-dire une réduction des émissions de GES de 17 %, sachant qu’en 2013 nous avons déjà atteint 7 %.

Ces chiffres, à l’horizon de 2025, ne sont pas des objectifs théoriques. Ils sont associés à des initiatives très concrètes figurant dans le plan d’action du Président Obama pour le changement climatique (Climate Action Plan). Ils concernent la génération électrique, les transports, les renouvelables, l’efficacité énergétique. Ce sont des mesures qui vont permettre de réduire à long terme l’empreinte carbone sur notre économie. La production d’électricité, c’est très important : Comme vous le savez probablement, aux Etats-Unis, le charbon représente 39 % de la production d’électricité et constitue la source principale d’émission de GES, soit 32 %. L’agence américaine pour la protection de l’environnement a utilisé l’autorité dont elle bénéficie pour imposer des limites d’émission de CO2 des centrales thermiques à travers deux projets de réglementation : l’un pour les centrales nouvelles, l’autre pour les centrales existantes.  Pour les nouvelles, c’est simple : le maximum autorisé est de 500 kg CO/ MWh pour les centrales à charbon et de 450 kg CO/ MWh pour les centrales au gaz naturel. Le principal effet sera d’interdire la construction de nouvelles centrales thermiques au charbon ne disposant pas d’un dispositif de capture et de séquestration du CO2. En ce qui concerne les centrales thermiques existantes, le projet de réglementation sera finalisé en juin 2015 ; il impose des plafonds d’émission de CO2 différenciés pour chaque état en fonction de son économie et de ses ressources énergétiques. Chaque état disposera d’une année pour développer un projet énergétique qui lui permettra de réduire ses émissions sous le seuil ainsi imposé, projet qui devra être réalisé sur dix ans, de 2020 à 2029. Pour cela, les Etats disposent d’une grande flexibilité en fonction de leur profil énergétique ; ils peuvent s’appuyer sur les énergies renouvelables, sur le gaz naturel, sur l’efficacité énergétique, sur le nucléaire etc. Nous estimons que cette réglementation permettra une réduction de 30 % des émissions des centrales thermiques à l’horizon 2030. C’est une partie très importante de l’objectif de réduction globale (26 à 28 %) sur lequel le Président s’est engagé en novembre 2014.

J’en viens maintenant aux initiatives prises par l’administration Obama dans le domaine des transports, qui constitue la deuxième source d’émission (environ 28 %) après la génération électrique. Nous avons mis en place un nouveau standard pour doubler l’efficacité énergétique des automobiles américaines. D’ici à 2025, chaque constructeur devra offrir un parc automobile dont la consommation est inférieure à 4,3 l aux cent kilomètres, ce qui permettra d’arriver à des standards très proches des standards européens. Nous mettons aussi en place d’ici 2016 des nouveaux standards énergétiques pour les poids lourds, qui permettront d’avoir des gains d’efficacité énergétique de 10 à 20 %.

En ce qui concerne le méthane, qui est très important aussi par son effet de serre (25 fois plus puissant que celui du CO2) et qui représente 10 % des émissions de GES aux Etats-Unis, nous avons amorcé une stratégie pour réduire les émissions de 40 à 45 % d’ici à 2020, en concertation notamment avec l’industrie pétrochimique qui en est la principale source.

En ce qui concerne les renouvelables, les Etats-Unis ont doublé la part des EnR depuis cinq ans ; elle est actuellement de 13 %. Nous allons la doubler encore d’ici à 2020. L’éolien a été multiplié par 3 et le solaire par 10 depuis l’arrivée du Président Obama à la Maison Blanche. Mais vous savez qu’aux Etats-Unis beaucoup de politiques se déterminent au niveau des états (et non du gouvernement fédéral) ; c’est notamment le cas pour les politiques énergétiques. Il faut préciser ici que 34 états ont mis eux-mêmes en place des objectifs d’EnR à leur niveau. : 25 % pour le Minnesota à l’horizon 2020, 30 % pour l’Etat de New-York et 33 % pour le Texas, qu’on aurait plutôt tendance à associer à l’industrie pétrochimique ; mais le Texas est le 6ème producteur d’électricité éolienne au niveau mondial et il est en train d’investir 3 G$ dans son réseau de distribution pour incorporer les EnR.

Il faut ajouter que les maires des grandes villes américaines, qu’ils soient républicains ou démocrates, ont pris des engagements considérables sur la réduction des émissions en préparant l’adaptation de leurs villes aux effets du changement climatique.

Je terminerai par quelques mots sur la COP 21 car nous connaissons tous l’importance de cette échéance. Nous voulons aboutir à un accord global, ambitieux et durable, un accord flexible et efficace qui mette en place la structure internationale nécessaire pour réglementer les facteurs du réchauffement climatique pour les années à venir. Nous sommes favorables à un plan proposé à partir de contributions déterminées au niveau national car nous pensons que c’est le moyen de rendre les états plus ambitieux et plus réalistes dans leurs contributions. Par contre, nous sommes opposés à conserver les catégories figées en 1992 pour définir la contribution de chaque pays à la lutte contre le réchauffement climatique. Les pays qui ne sont pas visés par l’annexe 1 du Protocole de Kyoto de 1992 représentent aujourd’hui 60 % des émissions mondiales et, d’ici 2020, le total des émissions cumulées des pays en développement dépassera celui des pays développés. Il est donc réaliste et pragmatique de considérer qu’il ne sera pas possible de maîtriser le réchauffement climatique sans leur contribution active. Et c’est ici que joue la logique des contributions déterminées au niveau national où chaque Etat, dans sa souveraineté, décide ce qu’il est capable d’apporter pour la COP 21. Les Etats-Unis ont un rôle à jouer pour montrer la voie, comme ils l’avaient fait il y a trente ans pour relever le défi de la disparition de la couche d’ozone. Ce sont en effet des universitaires américains qui avaient identifié le problème ; ce sont des chefs d’entreprise américains qui avaient trouvé les solutions alternatives, les produits de remplacement, et la diplomatie américaine avait fortement contribué à la conclusion du Protocole de Montréal, dont l’efficacité remarquable a, encore récemment, été soulignée par le Secrétaire général des Nations-Unies. C’est un exemple de ce que nous pouvons faire ensemble pour résoudre des enjeux considérables dans le cadre d’une concertation très active.

Consulter l’article de synthèse : Les acteurs nationaux et régionaux face au réchauffement climatique.

Consulter : Intervention de M. Michel Derdevet

Consulter : Intervention de M. Mark Ginsberg

Consulter : Intervention de M. Feng Jiang

Consulter : Intervention de Mme Anne Guichard

Consulter : Intervention de M. Achilles Zaluar

Consulter : Intervention de M. Didier Hamon

Consulter : Intervention de M. Denis Simonneau

Consulter : Eléments de débat