LES RELIGIONS FACE A LA CRISE

Verbatim de la table ronde organisée par la revue Passages

le 21 octobre 2012

au Groupe scolaire Sophie Barat – 92290  Châtenay-Malabry

CADRAGE GENERAL

Fin février, la revue Passages et l’Association des amis de Passages (ADAPes) ont organisé le 10ème Forum mondial du développement durable (FMDD) sur le thème « instabilité, précarités, remondialisation ».

Les intervenants de la session consacrée à l’instabilité ont souligné, en des termes très forts, leur sentiment de vivre une période de déconstruction. Les inégalités vertigineuses qui existent dans la répartition des richesses s’accroissent sans cesse, alors que les moyens d’information et de communication actuels les rendent de plus en plus visibles et de moins en moins supportables. Le sentiment d’injustice atteint un niveau tel que les opinions publiques ne peuvent plus l’accepter. A l’inégalité sociale s’ajoute d’ailleurs l’inégalité environnementale car ce sont souvent les pays pauvres qui subissent les plus graves conséquences des désordres résultant du mode de vie des plus riches.

La masse monétaire disponible sur les marchés financiers est considérable. Mais les investisseurs qui, dans nos grandes démocraties occidentales, avaient contribué à l’amélioration du niveau de vie de chacun, ont muté en spéculateurs, incités par les politiques de dérégulation. On spécule sur tout, y compris sur la solvabilité des Etats ou sur le prix des denrées alimentaires, donc sur la misère humaine. A cet égard, nos démocraties ont trahi les valeurs humanistes que leur avaient léguées les traditions judéo-chrétiennes et la philosophie des lumières.

Alors que l’Occident se débattait dans la crise financière, le printemps arabe est né, guidé par l’irrépressible aspiration de l’être humain aux valeurs humanistes que sont la dignité, la liberté, le respect et la solidarité. Il nous a démontré que la lutte contre un islamisme agressif et caricatural ne pouvait plus passer par des régimes coercitifs, totalitaires, forcément corrompus, portés à bout de bras par un Occident complaisant. Mais ce mouvement était l’œuvre spontanée d’une jeunesse inorganisée. Il est donc logique que la génération précédente ait pris le relais, avec la présence des partis islamistes qui, bien que rejetés jusqu’alors dans l’opposition, bénéficient d’une organisation, d’un financement et d’un support idéologique. Ces partis vont commencer leur apprentissage politique et nous sommes très attentifs à la manière dont ils évolueront à la lumière de cette expérience.

Les intervenants du FMDD ont souligné la difficulté de définir des chemins pertinents pour sortir de la crise mondiale actuelle, mais ils ont exprimé leur conviction que rien ne pourra réussir sans une profonde réhabilitation des valeurs humanistes. Or, dans leurs fondements, la philosophie et les religions partagent ces valeurs et devraient donc travailler ensemble pour promouvoir la dignité de l’homme face à la dictature de l’argent et aux appétits de puissance.

Cependant, les actualités dont les médias se font écho ne vont guère dans ce sens. Les religions sont instrumentalisées en permanence : par des criminels ou des fous pour justifier leurs actes, par des personnalités politiques pour obtenir des suffrages ou des appuis, par des chefs de guerre ou des groupes terroristes pour recruter ou fanatiser leurs combattants. Ce brouhaha suscite le ressentiment, la haine et la peur, là où il faudrait débattre et construire ensemble.

L’instabilité qui frappe le monde d’aujourd’hui est d’un type nouveau, que nous n’avions jamais rencontré dans notre histoire. Nous ne pouvons pas échapper à un questionnement profond et spécifique. Quel humanisme restaurer pour sortir nos sociétés de la crise qui les détruit ? Comment la philosophie et les religions peuvent-elles participer à cette construction en évitant les discours moralisateurs insipides et inefficaces ? Comment peuvent-elles s’aider mutuellement à relire leurs traditions pour s’ouvrir aux problèmes de la société d’aujourd’hui ?

INTRODUCTION DE LA TABLE RONDE

Ingénieur général Claude Liévens

Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement le Groupe scolaire Sophie Barat et son directeur, Monsieur Grandclément, qui ont bien voulu accueillir cette table ronde et ce débat. Mes remerciements sont d’autant plus vifs que Monsieur Grandclément et ses collaborateurs directs ont été fortement impliqués, ces derniers jours, dans les mesures de sécurité que nous avons dû mettre en œuvre sur les conseils des services de police et de renseignement. Un tel rassemblement, en un lieu qui est souvent un lieu de culte, de personnalités représentant notamment les quatre religions les plus pratiquées dans notre pays, me semble constituer à la fois un beau témoignage d’ouverture et un hymne à la laïcité. Je dis aussi ma gratitude à tous ceux qui nous ont rejoints aujourd’hui, dans cette démarche qui me paraît importante.

Notre rencontre se situe dans le prolongement du 10ème Forum mondial du développement durable et, plus particulièrement, de la session consacrée à l’instabilité. Les intervenants avaient alors souligné la difficulté de trouver des chemins pertinents pour sortir de la crise actuelle, notamment économique, et affirmé que rien ne pourrait réussir sans une renaissance des valeurs humanistes. Dans cette perspective, la philosophie et les religions, qui partagent ces valeurs, me semblent appelées à œuvrer ensemble. C’est pourquoi j’ouvre cette table ronde en évoquant les aspects économiques de la crise, laissant aux intervenants compétents le soin de présenter les autres aspects, philosophiques ou psychanalytiques. Et j’entrouvrirai quelques pistes, en signalant cinq axes d’effort sur lesquels la philosophie et les religions me paraissent susceptibles de se retrouver.

Une crise économique mondiale

A l’issue de trente années de forte croissance économique, les pays occidentaux se sont engagés dans une spirale mortifère dont les causes peuvent être classées en trois catégories :

La réduction de la part des salaires dans le partage des richesses produites. Depuis la fin des trente glorieuses, si on considère l’ensemble des pays de l’OCDE, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB), donc dans la répartition dans les richesses produites, est passée de 67 % à 53 %. Indépendamment de toute considération de justice sociale, les conséquences de cette évolution sont importantes :

  • très forte réduction de la consommation, donc de la production, même si les ménages tendent à s’endetter pour sauvegardes leur niveau de vie,
  • réduction des ressources fiscales et début d’endettement imprudent de nombreux Etats,
  • augmentation considérable des capitaux engagés sur les marchés financiers.

La dérégulation. A partir des années 1990, les gouvernements occidentaux ont, de leur plein gré, mis en œuvre des mesures de dérégulation qui ont permis de développer les outils d’une spéculation effrénée, laquelle s’est révélée beaucoup plus rentable que le financement de l’économie réelle. Les investisseurs qui, pendant les trente glorieuses, avaient contribué à un développement globalement profitable à tous ont muté en spéculateurs. Aujourd’hui les capitaux spéculatifs représentent en valeur 7 à 10 années de production mondiale. On spécule sur tout, y compris sur le prix des denrées alimentaires ou sur la solvabilité des Etats, donc sur la misère des peuples. Jamais l’argent n’a été utilisé d’une manière aussi opposée aux valeurs léguées par notre héritage philosophique et religieux.

Illustration de l’absurdité à laquelle nous sommes arrivés, une nouvelle spécialité financière est née, le trading haute fréquence, qui utilise des outils très sophistiqués dont le temps de réaction se mesure en millièmes de seconde. Dans ce monde, la durée moyenne de détention des actifs serait de 22 secondes ! Ces chiffres illustrent l’ampleur du gouffre qui sépare l’utilisation saine des instruments financiers au service de l’économie réelle et la spéculation.

La fièvre de l’endettement. En 2001, les mots d’ordre du monde économique sont devenus :

  • Endettez-vous.
  • Non à la politique industrielle.
  • Les services remplaceront l’industrie pour assurer la croissance.

Et l’économie Bingo s’est développée. La fièvre de l’endettement a gagné les entreprises et les ménages. La performance financière immédiate était la mesure de toute chose. Le monde financier gagnait beaucoup d’argent ; donc le monde financier avait raison et le monde réel avait tort. On a financé une fausse croissance par un réel endettement. Les folies des subprime et de la titrisation ont fait déborder le vase. Et la crise de 2008 est apparue à l’épicentre de la puissance mondiale, là où les acteurs étaient les mieux informés et les mieux payés, donc réputés les plus compétents. Pour apprécier ce qu’est encore l’ampleur du phénomène, on peut rappeler que la dette totale des Etats-Unis (secteur public + ménages + entreprises) atteint 358 % de leur PIB ; c’est plus qu’en Grèce (303 %) et autant qu’au Portugal (360 %).

Les théoriciens du modèle néolibéral professent que les mécanismes du marché, si on les laisse agir sans entrave, libèrent l’innovation et l’investissement et qu’ils permettent, grâce à la concurrence, de fabriquer au moindre coût les produits qui conviennent le mieux aux consommateurs. Certes, ils reconnaissent que dans le jeu de la concurrence il y a des perdants ; mais ils estiment que les Etats peuvent corriger cet inconvénient par des redistributions rendues d’autant plus faciles que le système produit pléthore de richesses. Ce sont eux les inventeurs de l’Etat-providence ! Pourquoi pas ? Sauf que :

  • les profits des actionnaires servent plus à spéculer qu’à innover ou investir,
  • la production n’est guère pléthorique,
  • les laissés pour compte sont beaucoup plus nombreux qu’on pouvait l’imaginer,
  • les Etats n’ont plus d’argent.

L’échec néolibéral est éclatant. Mais, si le diagnostic est facile à faire, la recherche de solutions s’avère extrêmement difficile. [Je fais ici une parenthèse. Quand je parle de néolibéralisme, je vise le capitalisme ou le libéralisme d’après les mesures de dérégulation. Je ne suis pas anticapitaliste, bien au contraire, et j’ai suffisamment connu l’absurdité de certaines règles administratives pour imaginer ce que peut être une économie socialiste… Mais l’argent attire et exacerbe toujours les égoïsmes et les cupidités, et les activités économiques doivent être encadrées par quelques règles simples et de bon sens. Exemple : que les banques ne puissent pas spéculer avec l’argent de leurs clients !]

Il y a cependant quelques lueurs d’espoir. Ainsi, sous des vocables se référant à l’économie sociale, solidaire, responsable etc., il y a des initiatives qui visent à promouvoir des processus novateurs (nouveaux circuits économiques entre épargnants et entreprises ou entre producteurs et consommateurs, entreprises exigeantes au plan éthique etc.). Ces expériences visent à s’intégrer de manière compétitive dans l’économie de marché en s’interdisant certaines pratiques contestables.

J’évoquerai donc deux axes d’effort sur lesquels la philosophie et les religions pourraient coopérer :

1 – Condamner fermement la spéculation financière. Les religions ont sur l’argent des appréciations différentes. Mais nul ne peut admettre que, dans l’activité économique, on s’enrichisse indéfiniment au détriment d’autrui et sans produire des biens ayant une certaine utilité. La spéculation financière doit être fermement et unanimement condamnée, d’autant qu’elle est la première responsable de l’échec de notre système. Lors de la chute du mur de Berlin, l’Occident bénéficiait d’atouts extraordinaires. Sur la scène internationale, l’action politico-diplomatique avait éliminé les risques de guerre en Europe, le système capitaliste avait montré sa supériorité, les capitaux s’investissaient dans l’économie réelle, le climat social avait atteint une certaine sérénité. Et je dis, j’affirme que la spéculation a tout gâché.

2 – Valoriser l’expérimentation de nouveaux modes de fonctionnement économiques. C’est un domaine où tout n’est pas à retenir, où tout n’est pas pur (il y aura toujours des coups de pub). Mais nous avons là des laboratoires de nouvelles pratiques qui peuvent efficacement contribuer à une refondation humaniste de notre économie.

La spécificité de la zone euro

L’effet de devise forte. L’euro a été conçu au départ comme une devise forte et, de plus,  pendant ses premières années d’existence, son cours a augmenté par rapport aux autres monnaies. Pour les pays membres, les importations ont été moins coûteuses et la facture énergétique s’en est trouvée allégée avec, en contrepartie, l’enchérissement des produits exportés. D’où une progression excessive des importations et de la consommation et une perte de productivité.

L’effet de taux d’intérêt faible. Avant la création de l’euro, la plupart des monnaies européennes étaient régulièrement dévaluées par rapport au deutsche mark. Ces dévaluations sanctionnaient sans doute un certain laxisme mais elles permettaient aussi de réduire l’écart de compétitivité qui séparait l’Allemagne des autres nations. En entrant dans la zone euro, ces nations se sont arrimées à une monnaie réputée stable et solide. Les anticipations d’inflation ont baissé et les marchés, misant sur une certaine solidarité au sein de la zone, ont réévalué les risques à la baisse. Les taux d’intérêt ont donc chuté. Et les Etats, qui avaient pris vers le milieu des années 80 la voie d’un endettement déjà excessif, ont été incités à emprunter encore davantage.

Le passage à l’euro et le surendettement ont permis à de nombreux Etats de vivre au-dessus de leurs moyens, alors que leur productivité continuait à s’effriter. La crise de l’euro est le résultat de plus de vingt-cinq ans d’erreurs politiques. Les partis de gouvernement se sont succédé sans qu’aucun ne cherche vraiment à sortir de la spirale du surendettement. Et, avant de retrouver une situation stabilisée et acceptable, il y aura encore de nombreux changements de majorité. D’autant plus que nous sommes dans une période de mutation : le coût de l’énergie s’accroîtra inéluctablement ; les ressortissants des pays émergents, qui ne ménagent guère leurs efforts, aspirent légitimement à vivre selon des standards analogues à ceux des pays occidentaux, ce qui conduira à revoir la répartition mondiale des richesses produites. Nous devrons repenser nos critères de consommation et de croissance. Alors, quand les médias sont à l’affût des effets d’annonce et des petites phrases, j’ai la conviction que nous faisons fausse route.

Ce constat me conduit à évoquer un troisième axe d’effort où nous pourrions coopérer :

3 – Promouvoir des visions à long terme. Cette attitude, indispensable pour sortir de la crise, est aussi le domaine d’excellence des philosophes et des croyants ! Leurs traditions se fondent dans l’expérience humaine des siècles passés. Et l’interrogation sur le sens de la vie ou la quête de Dieu n’est pas compatible de la culture de l’immédiateté.

De la crise financière à la crise des valeurs

La crise financière aggrave fortement la crise des valeurs. Ainsi, l’impression d’inefficacité que donnent les partis de gouvernement favorise les mouvements populistes et risque de conduire à l’installation de pouvoirs autoritaires. Je n’insiste pas sur ce point, souvent bien traité dans la sphère politico-médiatique.

Mais je voudrais m’attarder sur l’aspect qui me paraît essentiel. Il s’agit de l’exacerbation des tensions intercommunautaires. Faute de pouvoir rassembler sur des grands projets ou des grandes ambitions, les personnalités politiques et les leaders d’opinion sont tentés, pour occuper la scène médiatique, de miser sur les peurs, les tensions, les mépris, les ressentiments susceptibles de dresser les unes contre les autres les communautés, voire les peuples.

Je prendrai un exemple précis chez nos amis allemands (pour éviter de fâcher). Thilo Sarrazin, qui avait fait fortune grâce à un best-seller antimusulman, se déchaîne maintenant contre les Grecs, relayé notamment par de nombreux articles de presse (y compris du Spiegel). Mais les Grecs qui sont visés, ce ne sont pas ceux qui, par incompétence, clientélisme ou cupidité, ont conduit le pays au désastre. C’est le peuple grec, ces gens qui « se la coulent douce et partent à la retraite à 50 ans », qui « n’acceptent de travailler qu’en échange de pots-de-vin », cette avant-garde d’une Europe tire-au-flanc qui tête goulûment la vache à lait germanique ! Pourtant… dans la crise actuelle, le plus grand perdant, c’est bien le peuple grec. Et le plus grand gagnant, c’est le peuple allemand. En effet, une partie des investisseurs cherche maintenant une certaine sécurité et se tourne vers les titres de dette souveraine allemande. De ce fait, l’Allemagne bénéficie de taux d’intérêt extrêmement bas, réalisant des économies très supérieures au coût des aides qu’elle a apportées à Athènes.

Quant à l’attitude allemande vis-à-vis des travailleurs immigrés, elle illustre assez bien la culture de l’hospitalité de nos pays. Les employeurs allemands apprécient et utilisent largement la main d’œuvre qualifiée, ardente et relativement peu coûteuse que leur offre l’immigration grecque ou espagnole, actuellement en croissance. Mais l’opinion refuse « l’immigration dans le système social allemand », à tel point qu’en mars 2012 le gouvernement fédéral a supprimé les prestations sociales auxquelles pouvaient prétendre les migrants européens. Ces ressentiments sont tellement aveugles qu’on en vient à oublier que, pour un pays dont le principal handicap est le vieillissement de la population, l’accueil de jeunes migrants talentueux et dynamiques est une chance inespérée.

Evidemment, le cas de l’Allemagne n’est pas spécifique. Nombreux sont les pays où, pour gagner quelques suffrages ou pour augmenter le tirage d’un livre ou d’un journal ou pour accroître leur notoriété, certains n’hésitent pas à exacerber les tensions : contre les immigrés, contre les musulmans, contre les assistés, contre les retraités, contre les fonctionnaires, contre les intermittents, contre les jeunes (des banlieues ou d’ailleurs) etc. etc. Ils n’hésitent pas à blesser certains dans ce qu’ils ont de plus cher ; la publication des caricatures du Prophète en constitue un exemple. Si un jour des événements extrêmement violents se produisent, ceux qui auront jeté des braises sur le foyer de la haine seront coresponsables du désastre.

Cette triste réalité me conduit à évoquer un quatrième axe d’effort où nous pourrions nous retrouver :

4 – Pacifier les relations entre communautés différentes en favorisant les échanges entre ces communautés, en combattant ceux qui essaient de semer entre elles les graines du ressentiment, de la peur ou de la haine, en essayant inlassablement de faire comprendre que la diversité est une immense richesse.

Enfin, bien que ce soit hors sujet, car les religions n’y peuvent pas grand-chose, je ne puis m’empêcher d’évoquer l’économie criminelle dont la progression est une menace majeure pour notre monde. D’ores et déjà, les réseaux criminels sont extrêmement meurtriers ; le trafic des faux médicaments, qui n’est que l’une de leurs multiples activités, tue plus que le terrorisme. Mais ce phénomène échappe aux médias, donc aux responsables politiques et à l’opinion publique. Or la crise actuelle ouvre un véritable boulevard au crime organisé : l’appauvrissement de la société et la déshérence des jeunes lui permettent de recruter facilement ses hommes de main ; les politiques d’austérité imposées par le surendettement des Etats conduisent à réduire les budgets des services de police, donc les moyens consacrés à la lutte contre ce fléau.

Réhabiliter le politique

Compte tenu de l’importance des capitaux qu’il est capable d’engager en quelques heures, voire en quelques minutes, sur les marchés, c’est le monde de la spéculation financière qui aujourd’hui détient le véritable pouvoir. Les responsables politiques ne sont plus en mesure  d’exercer les responsabilités que des millions de personnes leur ont confiées. J’imagine qu’ils en éprouvent une certaine frustration.

Mais je vois aussi une raison d’espérer. Les sommets internationaux dans lesquels se retrouvent les chefs d’Etat ou de gouvernement leur permettent d’avoir des échanges formels et informels sur les problèmes qui taraudent le monde. Ceci peut favoriser l’émergence d’une volonté commune de réagir et de redonner au politique la place qui doit être la sienne et qu’il a abandonnée en prenant la voie de la dérégulation. Les orientations qui pourraient être privilégiées me paraissent assez évidentes :

  • réexaminer systématiquement les décisions qui ont été prises en matière de dérégulation,
  • instaurer une taxe importante sur les transactions financières,
  • éradiquer les produits et les pratiques qui ne servent qu’à spéculer,
  • réduire l’influence des réseaux criminels et lutter contre les paradis fiscaux.

Mais, pour que ces mesures soient vraiment efficaces, il faut qu’elles soient décidées au niveau mondial. Car si un Etat ou un petit groupe d’Etats en prend seul l’initiative, il n’en subira que des inconvénients. Nous devons être aux antipodes de la démondialisation !

Cette ambition m’invite à évoquer un cinquième axe d’effort sur lequel nous pourrions œuvrer ensemble :

5 – Encourager un sursaut des responsables politiques du monde entier pour qu’ils reconquièrent leur rôle de décideurs. Tous les peuples « libres » devraient encourager leurs dirigeants à s’engager dans une telle démarche. Et comme la philosophie et les religions ont une dimension mondiale, elles pourraient les aider en ce sens.

Intervention de Monsieur Emile H. Malet

Intervention de Monseigneur Michel Dubost

Intervention du Grand Rabbin Haïm Korsia

Intervention du Professeur Mohamed Aiouaz

Intervention du Pasteur Jean-Pierre Rive

Intervention de Madame Julia Kristeva

Eléments de débat

Communiqué

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