FORUM MONDIAL DU DEVELOPPEMENT DURABLE – 2014 

 

LE CLIMAT, L’HOMME ET LA SOCIETE

 

(ACQUIS DE LA COP 19 ET PERSPECTIVES A LONG TERME)

 

Les résultats de la COP 19

 

Pour la deuxième fois, Varsovie a accueilli la Conférence des Parties (COP) destinée à faire progresser la lutte contre les changements climatiques. Cette COP19, qui s’est tenue en novembre 2013, a renforcé l’esprit de coopération mutuelle entre tous les pays (qu’ils soient développés, émergents ou en développement) ; elle a ainsi permis d’accélérer la négociation d’un nouvel accord mondial sur le climat en visant décembre 2015 et permis de baliser en conséquence le chemin vers la COP 20 (Lima, 2014) et la COP 21 (Paris, 2015). Chaque pays doit désormais travailler, au niveau national, sur des projets d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et les communiquer avant la COP21. Il a été décidé aussi de lancer un programme de travail sur les actions immédiates, associant notamment les entreprises, les villes et les régions.

 

L’examen de la mise en œuvre des accords antérieurs conduit à un certain optimisme :

  • atteinte de l’objectif de 100 M$ pour la recapitalisation du fonds d’adaptation des pays en développement ;
  • établissement d’un programme à long terme visant à mobiliser pour le climat, à partir de 2020, 100 G$ par an, venant de sources publiques et privées (Fonds vert) ;
  • projet de lancement rapide du Mécanisme international de Varsovie sur les pertes et les dommages, permettant de mieux cerner les risques à long terme des changements climatiques et d’aider les pays qui en sont victimes ;
  • mise en œuvre opérationnelle du système d’analyse et de revue des actions des pays en développement décidé à Copenhague et à Cancun ;
  • approbation des règles visant à réduire la déforestation et la dégradation des forêts tropicales ;
  • approbation de mesures supplémentaires en faveur des technologies utiles pour la maîtrise des émissions et l’adaptation au changement climatique.

 

Cependant, il reste beaucoup à faire si on veut aboutir, lors de la COP21, à un accord mondial :

  • la forme juridique des objectifs contraignants constitue un problème majeur ;
  • la crise actuelle conduit les gouvernements à privilégier les actions qui entraînent des retombées économiques rapides, au risque de sacrifier le long terme ;
  • pour ce qui est de la participation des fonds privés, tous les mécanismes sont à construire.

 

L’optimisme engendré par la tenue des objectifs partiels trouve sa limite dans le fait que les financements ne sont pas encore assurés.

 

Fin de cycle pour l’économie et la stratégie

 

Le développement durable est étroitement lié aux questions stratégiques. Nous sommes à la fin du cycle de la consommation libre et sans contrainte, comme nous sommes à la fin du système d’organisation stratégique de notre planète issu de la fin de la seconde guerre mondiale. Héritiers de périodes difficiles, nous pensions qu’il suffisait de gérer aussi habilement que possible une sorte de continuité économique et stratégique, répondant à la complexité du monde par des formules de type mix associant un maximum de facteurs. Mais il a manqué dans cette réflexion un élément central, celui du remplissage du monde. C’est la cause majeure de la dérégulation que nous observons aujourd’hui et qui ne fera que s’accentuer puisque nous attendons encore deux milliards d’habitants sur notre planète ! Ce système de régulation du monde, qui s’était considérablement simplifié avec la bipolarisation de l’époque de la guerre froide, a bien fonctionné jusque vers le milieu des années 1990 en s’appuyant notamment sur le droit international, sur la charte des Nations-Unies et sur tout un ensemble d’outils qui permettaient d’absorber les chocs de la croissance, de la différence, de l’altérité… Mais, au moment où la mondialisation progresse, chacun éprouve des difficultés à s’intégrer dans une dynamique collective. Apparaît alors une sorte de régulation économique qui bute sur la réalité d’une consommation profondément inégale et inéquitable, posant ainsi la question cruciale de la gestion des avoirs de notre planète. Nous avons été fascinés par la complexité de cette dérégulation mais nous sommes aujourd’hui face à des situations d’urgence que les superstructures existantes (G8, OTAN, Union européenne, Conseil de sécurité …) ne permettent plus de maîtriser.

 

L’actualité apporte la démonstration des liens qui existent entre énergie et stratégie La Fédération de Russie, qui a repris la main au début des années 2000 après une période de graves désordres, a fait de Gazprom une arme économique de premier ordre pour reconquérir son pouvoir, acquérir une puissance monnayable et créer des rapports de force différents de ceux qu’on avait connus auparavant. Dans la crise ukrainienne qui nous interpelle aujourd’hui, les questions liées à la livraison, au prix du gaz et plus généralement à la dépendance énergétique sont essentielles.

 

 Des nouveaux chemins de développement

 

Nous sommes dans une fin de cycle pour la consommation de la partie verte de la planète, dont les ressources, sur lesquelles nous comptions pour nous alimenter, pour nous chauffer, pour nous développer, commencent à s’épuiser inexorablement. Alors nous sommes tentés de nous tourner vers la partie bleue, qui nous semble inépuisable en dépit de quelques désordres liés à la pêche excessive. Mais comment allons-nous répartir les richesses de la zone non attribuée, non territorialisée, non nationalisée des mers ? Allons-nous grignoter cette zone, la mettre sous le même statut juridique et économique que les terres, avec des frontières, des nationalités, en accordant d’importants bénéfices à ceux qui sont le mieux placés au plan technologique ou géographique ? Pour faire respecter un tel partage, devrons-nous mettre en œuvre d’importants moyens de patrouille et installer pléthore d’instruments de protection, ce qui impliquerait des coûts importants à prélever sur la valeur des nouvelles richesses ainsi rendues accessibles ? Ou, au contraire, allons-nous considérer cette grande partie des mers comme un bien commun qui, à l’instar du climat ou de la sécurité, doit être géré collectivement et correctement, dans la lignée de la charte des Nations-Unies et des instruments que nous évoquions précédemment ? Cette importante question commence à émerger, ainsi qu’en témoigne le récent rapport du Sénat sur la maritimisation de l’économie mondiale. Facteur de réengagement collectif, la mer ne serait-elle pas un des instruments qui permettraient à la fois de lutter contre le dérèglement climatique et d’ouvrir un nouveau chemin du développement dans la nécessaire transition démographique, écologique et stratégique ?

 

La lutte contre le dérèglement climatique peut être une démarche de progrès, de développement et de sécurité. A cet égard, nous pouvons être optimistes pour le futur, à condition d’admettre qu’il ne peut y avoir de solution idéale. Imaginer un climat qui serait parfait et chercher à le réaliser à tout prix, ce serait virtualiser les questions économiques, sociales et culturelles ; cela reviendrait finalement à opposer le climat et la société. Il doit y avoir, entre l’homme et le climat, un phénomène d’adaptation mutuelle. Là aussi, il faut accepter un certain risque car le risque contribue à la force de l’être humain. Nous devons évidemment lutter contre le consumérisme, contre le gaspillage. Ce n’est pas une raison pour prôner la décroissance. Gardons-nous de l’institutionnel qui bétonnerait sa position sur des solutions toutes faites et tirons le meilleur profit de la diversité des situations et des propositions.

 

Claude Liévens

 

NB : Le présent document rend compte de la session conclusive du 12ème Forum Mondial du Développement Durable, comportant des interventions de Thomas Orlowski, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Pologne en France, de l’Amiral Jean Dufourcq, Rédacteur en chef de la Revue de Défense nationale, et de Emile H. Malet. Directeur de la revue Passages, de l’ADAPes et du FMDD.

 

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