Intervention de Jean-Louis BAL

Président du syndicat des énergies renouvelables

Je voulais vous dire quelques mots, au nom du syndicat des énergies renouvelables, sur l’intégration de ces énergies dans le système électrique et en particulier des énergies dites intermittentes. Je n’aime pas beaucoup le terme « intermittentes » ; il s’agit, bien sûr, d’énergies variables qu’il faut utiliser quand elles arrivent, mais l’adjectif « intermittent » me semble impliquer une notion d’imprévisibilité qui n’est pas fondée. Le fait qu’une énergie soit variable –j’utiliserai indifféremment le mot « intermittente » malgré mes réticences– n’est pas un obstacle insurmontable, mais ce n’est pas non plus un problème à négliger. En France, les objectifs de 2020 (25 000 MW d’éolien et 5 000 MWde solaire photovoltaïque) sont tout-à-fait atteignables sans modification fondamentale de notre système électrique. On peut même aller beaucoup plus loin. Les études de l’AIE montrent qu’il est possible d’y arriver avec des taux de pénétration en énergies renouvelables de l’ordre de 45 % sur l’année. En France on est aujourd’hui à 6 %, avec le solaire et l’éolien. Mais l’expérience allemande qui se déroule sous nos yeux montre qu’il faut aussi anticiper. Cinq conditions doivent être rassemblées :

  • Localiser de manière optimale l’implantation des générateurs à la fois par rapport aux gisements et par rapport aux consommations. Je vais peut-être choquer certains partisans des énergies renouvelables. Mais il vaut mieux mettre du solaire là où il y a du soleil, d’autant plus que c’est là que la consommation et la production sont simultanées. Il faut mettre les éoliennes là où il y a du vent ; et plus les générateurs se rapprocheront des centres de consommation, plus l’intégration au système sera facile.
  • Affiner les modèles de prévision des performances de ces énergies variables. Plus on améliore ces modèles, plus il est facile d’adapter les outils flexibles de complément de ces énergies. Cet aspect a été mis en évidence par une étude récente sur l’intégration de l’électricité renouvelable au réseau européen.
  • Assurer la mutualisation de ces variations, développer la solidarité entre les territoires et renforcer les réseaux de transport, y compris an niveau européen (malgré les obstacles essentiellement juridiques soulignés par Jacques Percebois).
  • Adapter, dans la mesure du possible les consommations aux productions. Il s’agit de déplacer les pointes de consommation grâce aux réseaux intelligents et aussi aux tarifs intelligents (capables de refléter les coûts en instantané).
  • Développer le stockage de l’énergie en commençant par ce qui fonctionne déjà très bien, le stockage centralisé par les STEP. Dans le scénario RTE 2030, le mix diversifié, celui qui est compatible avec la loi de transition énergétique (40 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique, dont la moitié en énergies variables), il faut renforcer le parc de STEP, le faire passer de 4,3 GW à 6,3 GW. C’est l’action la plus urgente dans le domaine du stockage de l’énergie. En revanche, les progrès très rapides que nous connaissons sur les systèmes de stockage, en particulier sur les batteries (notamment avec Tesla), nous amènent à réfléchir sur le développement du stockage. Faut-il un stockage complètement décentralisé près de chacun des points de consommation ? Faut-il que ce stockage soit commandé par le gestionnaire du réseau ou par le consommateur ? Ou au contraire le stockage doit-il être recentralisé ? Toutes ces questions restent ouvertes. De ce point de vue nous avons un excellent terrain d’expérimentation et de démonstration ; ce sont nos départements d’outre-mer, avec des zones moins interconnectées dans lesquelles il sera intéressant de poursuivre les développements déjà lancés en matière de réseaux intelligents et de stockage décentralisé.

Concernant la numérisation je suis tout-à-fait d’accord avec Michel Derdevet : les électrons ne suivront jamais internet. En revanche, il est tout-à-fait envisageable de voir se développer l’autoconsommation et l’autoproduction. Ce sont évidemment des notions différentes, mais on peut très bien imaginer des consommateurs qui autoproduisent et qui revendent à leurs voisins leur excès de production ou achètent en cas de déficit. C’est un domaine dans lequel il faut procéder par expérimentation ; c’est prévu dans le projet du gouvernement actuel et on attend pour le second semestre un premier appel à projets sur la mise en œuvre de l’autoconsommation.

Je terminerai par une suggestion. Le syndicat des énergies renouvelables a reçu la responsabilité d’organiser la profession à l’exportation, notamment dans le secteur des énergies renouvelables électriques. Nous avons la conviction qu’il faudra se présenter avec des technologies de réseaux intelligents et de stockage de l’énergie, d’où l’intérêt de développer un partenariat avec des industriels compétents. Il y a d’ailleurs eu déjà une coopération ponctuelle avec RTE en Jordanie.

Consulter l’article de synthèse : Les réseaux électriques de distribution, plus de local et plus d’Europe !

Consulter : Le regard des rapporteurs

Consulter : Intervention de Jacques Percebois

Consulter : Intervention de Michel Derdevet