Peu avant la décision du Président Trump de renier l’accord dit JCPOA, j’ai publié deux articles sur l’Iran (L’Iran, un enjeu majeur pour l’Europe et Le positionnement international de l’Iran). Je complète ces articles par quelques réflexions que m’inspire cette décision (qui n’est guère surprenante compte tenu de la personnalité et des déclarations antérieures de Donald Trump).

 

La première puissance mondiale renie donc un accord qu’elle a signé, non seulement avec l’Iran, mais aussi avec trois pays d’Europe occidentale qui, depuis plus de 70 ans, sont des alliés fidèles (Grande-Bretagne, France, Allemagne) et avec les deux autres superpuissances que sont la Chine et la Russie. Elle avait, peu avant, renié sa signature de l’accord sur le climat. Ces événements me paraissent d’une immense gravité. Dans un tel contexte, le droit, l’éthique et la parole donnée n’ont plus aucune valeur. Comment accuser ou condamner, au nom du droit, quelque individu que ce soit si la plus grande puissance mondiale renie, deux fois en quelques mois, sur des sujets d’importance majeure, la signature qu’elle a donnée ?

 

J’ai éprouvé, pour les Etats-Unis, une amitié inconditionnelle. Dans un texte écrit il y a quelques années (L’empreinte de la guerre), je montrais notamment la véritable dévotion que ma famille portait à ce pays qui nous avait libérés ; mon père, violoncelliste pourtant éloigné des affaires militaires, avait en permanence une photo du Général Eisenhower sur son bureau. J’ai eu la chance, dans la première partie de ma carrière, de travailler avec les Etats-Unis, notamment :

 

  • dans le cadre de l’AGARD (Groupe consultatif pour la recherche et le développement aérospatial), agence de l’OTAN ;

 

  • avec la Federal Aviation Agency, lors de la certification des premiers types d’Airbus, en tant que chef du Bureau officiel de certification de l’Airbus.

 

A ces occasions, j’ai rencontré des personnalités remarquables.

 

Mon enthousiasme s’est effondré lorsque GW Bush a construit tout un système de mensonges pour déclencher en Irak une guerre dont nous connaissons les conséquences directes et indirectes : plusieurs centaines de milliers de morts, la déstabilisation de la région, la montée du terrorisme. Certes, les USA ne sont pas le seul pays occidental responsable des tragédies du Moyen-Orient ; j’avais abordé ce point dans un article publié il y a deux ans (L’Occident et le Moyen-Orient : Soyons modestes !). Mais jamais une stratégie n’avait été volontairement construite sur des mensonges aussi systématiques et aussi odieux.

 

Et aujourd’hui, nous avons le Président Trump. Comment ne pas s’interroger sur le fonctionnement de nos démocraties occidentales quand la plus prestigieuse d’entre elles se dote de tels leaders. De nombreux observateurs imputent tout au populisme. Mot magique, suprême injure ! Mais, dans le contexte médiatique qui est le nôtre, il se peut que le populisme soit inhérent aux institutions par lesquelles nous essayons de concrétiser notre idéal démocratique. Vaste sujet de réflexion !

 

Le Président Trump, par sa décision, conduit l’Iran à renforcer ses liens politiques et militaires avec la Russie et ses échanges commerciaux avec la Chine. L’Europe occidentale en subira des conséquences graves : menaces sur sa sécurité d’approvisionnement énergétique et difficultés accrues pour l’implantation ou le maintien de ses entreprises en Iran. On peut s’attendre aussi à des affrontements très durs au Moyen-Orient. Peut-être le choix de Donald Trump entraînera-t-il, comme  celui de GW Bush en 2003, la mort de centaines de milliers de personnes. L’avenir nous le dira.

 

Donald Trump, dans les minutes qui ont suivi l’annonce du reniement du JCPOA, a explicitement menacé les entreprises occidentales qui continueraient de travailler avec l’Iran. C’est l’annonce d’une attaque directe contre de nombreux fleurons de l’industrie européenne. Peut-être Donald Trump veut-il écraser ou asservir notre économie. Il se situerait ainsi dans la lignée de certains responsables américains dont les exploits peuvent être illustrés par deux exemples :

 

  • BNP-Paribas a été frappée par la justice américaine d’une amende exorbitante de 8,9 milliards de dollars au motif qu’elle avait réalisé des transactions en dollars avec des pays sous embargo états-unien, transactions qui pourtant étaient conformes aux droits français et européen et ne violaient aucune règle édictée par les Nations-Unies.

 

  • Le Parlement européen a ouvert aux Etats-Unis les données du système SWIFT pour les aider à lutter contre le financement du terrorisme ; mais ceux-ci utilisent ces données pour faire condamner, en fonction de règles et de lois qui leur sont propres, des banques ou des entreprises européennes.

 

Est-ce une manière de procéder avec des pays amis ?

 

Bien sûr, il faut se garder de toute conclusion définitive. La présidence de Donald Trump n’est pas éternelle… et Barack Obama avait succédé à GW Bush. Il faut donc rester optimiste, mais sans naïveté : On ne peut exclure que perdure l’hostilité des Etats-Unis à l’encontre de notre économie. Dans l’immédiat, il nous faut définir ou renforcer certaines orientations. Donnons-en quelques exemples :

 

  • Développer nos relations diplomatiques avec la Russie et la Chine, sachant que l’Eurasie sera peut-être notre avenir.

 

  • Promouvoir le respect des engagements pris au titre du JCPOA par les signataires autres que les USA.

 

  • Faire de l’euro une monnaie de référence dans le système international.

 

  • Amender le texte d’habilitation qui ouvre les données de SWIFT aux services des Etats-Unis.

 

  • Favoriser en Europe le développement de banques n’ayant aucun intérêt aux Etats-Unis ; de telles banques existent aujourd’hui, mais elles n’ont pas une dimension suffisante pour intervenir dans des opérations de grande envergure.

 

  • Coopérer avec des banques d’investissement non soumises à des conditions politiques (Brics Bank, Banque asiatique de développement etc.).

 

  • Veiller à notre sécurité d’approvisionnement énergétique, objectif qui a été occulté par la priorité  idéologique donnée à la sortie du nucléaire.

 

Claude Liévens

 

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Consulter : Le positionnement international de l’Iran

 

 

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