Débat avec la salle

A propos d’une taxe carbone

Il y a une partie de l’économie qui émet du CO2, qui n’est pas couverte par les ETS et pour laquelle on a proposé une taxe, sans grand succès. Le problème en Europe, c’est que la fiscalité est déjà élevée et qu’on n’arrive pas à faire passer une nouvelle taxe, même pour un enjeu de cette ampleur.

A propos de l’électrification des autoroutes

De la salle : Les bornes, ça existe, puisque le constructeur américain Tesla en a introduit sur des trajets autoroutiers, démontrant ainsi leur faisabilité. Si on est sur une autoroute qui n’est plus en ciment, si on consomme une puissance relativement élevée et si on doit s’arrêter toutes les deux heures pour des chargements qui durent un quart d’heure, il faut 200 kW par borne, ça veut dire qu’il faut amener des mégawatts en pleine campagne. Le réseau doit donc être considérablement renforcé et le coût de cet investissement doit être pris en considération.

François Brottes : Ne négligeons pas les possibilités du stockage. On peut envisager des modèles où la batterie n’est pas rechargée mais changée. On peut imaginer des systèmes qui favorisent cette solution plutôt que d’investir dans des réseaux extrêmement coûteux qu’on ne parviendra pas à financer de manière satisfaisante. Ce que veut le client-consommateur, c’est aller d’un bout à l’autre sans tomber en panne. A charge pour les techniciens et ceux qui font des modèles économiques de trouver la solution la plus pertinente, à des rapports qualité / prix bien compris. Plusieurs pistes existent et il serait prématuré de n’en retenir qu’une seule.

Emile H. Malet : Je voudrais aussi évoquer l’expérience qui va se faire bientôt et que je trouve fascinante : un tour du monde –40000 km– avec des voitures qui seront complètement propres. Hubert Auriol, qui a gagné plusieurs fois le Paris-Dakar, est directement associé à ce projet.

A propos de l’économie politique

Emile Malet : Christophe Bonnery a eu tout-à-fait raison de démontrer que l’économie, c’est à la fois raison garder et un moteur pour le développement. Il a fait preuve de beaucoup de prudence en séparant économie et politique. Il me semble cependant que la dimension « économie politique » ne doit pas être abandonnée et qu’elle devrait tenir une place importante dans les processus décisionnels d’aujourd’hui.

A propos des émissions de CO2 attribuées aux réseaux de transport

Une brève discussion s’est engagée sur la quantité d’émission de CO2 à attribuer aux réseaux de transport, compte tenu des travaux qu’ils impliquent sur le cuivre et l’acier ; l’ADEME leur attribuait 10 g au kWh, alors que certaines études font état de 20 g. Compte tenu de la durée de vie de ces investissements, ce n’est pas une question négligeable !

A propos des start-up et de leur financement

Il y a dans notre pays plusieurs jeunes start up qui s’intéressent aux batteries de manière particulièrement innovante, avec des objectifs de sécurité beaucoup plus élevés que chez Tesla. Mais elles rencontrent les pires difficultés pour obtenir des financements. C’est un problème général. La France est un pays créatif avec une recherche performante et d’excellents ingénieurs, mais l’Etat finance très peu ses start up, en comparaison des Etats-Unis et même de la Grande-Bretagne. Compte tenu de la faiblesse des crédits passant par le CNRS, par l’INRA etc. toutes ces start up relèvent du secteur privé. Globalement, on peut dire qu’il est difficile de faire éclore des jeunes entreprises innovantes.

On peut cependant remarquer, pour donner une vision plus optimiste, qu’il y a beaucoup de start up en France, notamment dans la région parisienne qui est un creuset d’innovation lié à un niveau de formation très élevé, et que les grandes entreprises accompagnent des start up dans leur développement. La conférence Hello Tomorrow des start-up vient de se tenir à Paris. Saint-Gobain a lancé des initiatives. Il se passe beaucoup de choses pour l’entrepreneuriat en France. Finalement, nous nous rapprochons un peu des Etats-Unis, où ce n’est pas le Gouvernement qui finance les start-up mais, au-delà des entreprises privées, c’est toute une culture.

A propos de la péréquation

L’application des tarifs régulés va se terminer en 2015, conformément aux exigences de la Commission européenne. Qu’en sera-t-il après ?

La péréquation, sur laquelle notre système reposait, est un concept que certains ne comprennent pas. Pour nous, c’est un choix politique qui correspond à une vision d’intégrité du territoire et de solidarité sociale, principes qui traduisent des valeurs et qui ont une certaine pérennité. Ce n’est pas le premier impact des politiques bruxelloises et certains participants estiment que nous avons énormément perdu par rapport au système qui existait auparavant. Ils estiment que, pour créer un marché de l’énergie, on a eu recours à des constructions artificielles qui faussent tout. Ce n’était pas nécessairement la chose à faire.

Anne Houtman : La Commission étudie, de manière très approfondie, les coûts de la transformation énergétique. Et, comme je l’ai dit, les trois objectifs de prix abordables, de soutenabilité et de sécurité d’approvisionnement, sont indissociables. Jamais la Commission ne propose de mesures sans une analyse préalable des coûts et des bénéfices. Le potentiel de l’économie verte est important. On a besoin d’investir maintenant pour avoir une économie plus compétitive demain. Les études effectuées dans le cadre de la COP 21 montrent bien qu’il est moins coûteux d’investir maintenant que d’attendre. Si nos amis chinois investissent aujourd’hui plus que nous dans le renouvelable, ce n’est pas seulement le fruit de la contestation sur l’environnement, c’est surtout parce qu’ils y voient un avantage économique.

Consulter l’article de synthèse : Des smart grids aux corridors verts – Des choix d’investissement difficiles

Consulter : Intervention d’Anne Houtman

Consulter : Intervention d’Edmond Alphandéry

Consulter : Intervention de François Brottrs

Consulter : Intervention de Soumia Malinbaum

Consulter : Intervention de Christophe Bonnery