En débat avec Passages

 

La force de la sagesse judéo-chrétienne en Europe s’efface, tant par un renoncement affiché de celle-ci que par le diktat de la jouissance immédiate omniprésent dans nos sociétés. Le 19 février 2018, le Père dominicain Nicolas-Jean Sed, qui a dirigé les éditions du Cerf, était l’invité de Passage pour un débat consacré au tournant juif de la théologie chrétienne (et dont le présent document constitue un compte rendu très libre). Il a rappelé que l’éclectisme religieux aide à structurer des éléments philosophiques et sociaux et que le religieux croise toujours d’autres domaines, en particulier l’histoire.

 

On peut, pour introduire le débat, citer deux prophètes qui, au début du XXème siècle, ont marqué notre sujet : Charles Péguy et Franz Rosenzweig, appelés chacun vers la religion de l’autre. Péguy déclare en 1912 : « Je marche avec les juifs parce qu’avec les juifs je peux être catholique comme je veux l’être ; avec les catholiques, je ne le pourrais pas. » Rosenzweig est un philosophe et théologien juif ; en 1913, il vit à Berlin parmi une importante population juive plus ou moins assimilée au christianisme. Il prévoit de s’orienter vers le protestantisme mais, quelques jours avant d’annoncer sa conversion, il assiste dans une synagogue à un office de Kippour, la célébration du pardon. Il décide alors de rester juif et précise à son cousin rabbin : la conversion est inutile car le judaïsme est déjà auprès du Père. On débouche alors sur la parabole de l’enfant prodigue, avec les différentes interprétations qui peuvent en être faites.

 

L’historique de la relation judéo-chrétienne

 

La relation judéo-chrétienne a été rompue dans les premiers siècles de notre ère. Quant au dialogue judéo-chrétien, tel que nous le percevons aujourd’hui, il commence en 1947-1948, alors que la mémoire de la shoah n’est pas encore constituée. Jésus et Israël, œuvre de l’historien Jules Isaac, inspecteur général de l’Instruction publique, montre qu’on ne peut pas imputer le déicide de Jésus au peuple juif ; l’auteur ne peut pas supporter que toute sa famille soit morte à Auschwitz à cause de cette erreur historique. La Conférence de Seelisberg, réunie par l’International Council of Christians and Jews et dont Jules Isaac est une personnalité marquante, approuve dix points relatifs à l’enseignement religieux chrétien. L’Eglise exclut de son culte le terme de perfidis Judaeis. Simultanément commence l’histoire de l’amitié judéo-chrétienne de France (AJCF) qui œuvre depuis lors pour que, dans les relations entre le judaïsme et le christianisme, la connaissance, la compréhension, le respect et l’amitié se substituent aux malentendus séculaires et aux traditions d’hostilité. La prise de conscience collective de la shoah exige une génération, dans une démarche qui va culminer avec le Vicaire, de Rolf Hochhuth, pièce qui parfois a été mal interprétée.

 

Cette étape des relations judéo-chrétiennes est entièrement placée sous le signe de la réparation. Dans Genèse de l’antisémitisme, Isaac montre que l’antijudaïsme des Pères de l’Eglise a été mythologisé et socialisé, de telle sorte qu’on est passé de l’antijudaïsme à l’antisémitisme, dont la traduction moderne aboutit au système racial. Dans les années 1970, un autre mouvement s’amorce pour la théologie chrétienne. Le Traité sur les juifs, de Franz Mussner, en marque les prémices ; l’ouvrage est consacré à la réparation, jusqu’à l’outrance, et soudain, au dernier chapitre, Jésus apparaît comme l’élément totalement séparateur. Cette affirmation pose un problème théologique car le christianisme se fonde sur le kérygme, c’est-à-dire la désignation de Jésus comme partenaire divin. Si Jésus marque une rupture, tout ce qui a été dit avant lui ne tient pas.

 

L’étape suivante va du Concile Vatican II à Jean-Paul II. Le texte conciliaire initialement envisagé sur le judaïsme est devenu la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes (Nostra Ætate), mais la dynamique n’est pas modifiée pour autant.  Elle est très bien illustrée par une phrase de Jean-Paul II : « La religion juive ne nous est pas extrinsèque mais, d’une certaine manière, elle est intrinsèque à notre religion. » On passe d’une théologie de la réparation où Jésus était l’élément séparateur à une perspective où il est l’intégrateur. Parmi les gestes de Jean-Paul II, on peut évoquer la visite à la synagogue de Rome, la visite au Kotel (le mur des lamentations) à Jérusalem, la reconnaissance de l’Etat d’Israël et la création des liens diplomatiques qui en résultent. Benoît XVI reproduit le discours de Jean-Paul II, renforçant sa consistance et sa solidité. Rappelons qu’en 1948, le Vatican n’a pas reconnu l’Etat d’Israël ; Pie XII a produit deux encycliques sur l’internationalité des Lieux saints, mais il a gardé le silence sur les camps de transit dans lesquels restaient encore 400 000 juifs sortis des camps de concentration. Quelle évolution en une soixantaine d’années !

 

Dans cette prise de conscience impliquant la pleine reconnaissance de la shoah, les chrétiens semblent avoir oublié l’importance des pogroms de Pologne et de Russie ; ceux-ci sont le résultat d’un antisémitisme qui s’est en partie nourri de l’antijudaïsme chrétien. Entre 1880 et 1920, on en a dénombré 1200, dont 400 sont qualifiés de majeurs car ils ont entraîné la destruction totale de la population d’un village. Ce sont eux qui ont entraîné la quasi-disparition des communautés juives d’Europe centrale. Ce sont eux – et non pas la shoah – qui sont à l’origine du sionisme et donc de la création de l’Etat d’Israël. Un autre élément qui n’est pas suffisamment pris en considération, c’est le syndrome du ghetto de Varsovie. Le peuple juif est resté 18 siècles sans prendre les armes ; c’est sans doute un cas unique dans l’histoire. Mais il s’est révolté, marquant un changement de logique. Quiconque s’intéresse aujourd’hui à la question d’Israël sans pendre ce paramètre en considération ne fait que renforcer l’incompréhension.

 

D’une manière très générale, il convient de souligner l’influence des penseurs juifs sur la théologie chrétienne. Origène n’aurait pas eu le rôle qu’on lui connaît dans la fondation de cette théologie si Philon d’Alexandrie, juif contemporain de Jésus vivant en Grèce, n’avait pas fait auparavant une lecture grecque de la Bible. Thomas d’Aquin cite Maïmonide plus de mille fois et Maître Eckhart le cite 340 fois. Chez celui-ci, ce sont deux personnalités de l’hassidisme ashkénaze, Rabbi Samuel ben Kalonymos et son fils Eléazar de Worms, qui incarnent la figure centrale de l’Homme juste. Des saints juifs deviennent ainsi, au XIIIème siècle, le modèle de la vie chrétienne accomplie.

 

Transportons-nous vers 270 av. J.C. pour mettre l’accent sur la Bible des Septante, traduction de la Bible hébraïque en koïnè (un dialecte grec). C’est un apport essentiel du judaïsme dans lequel on peut voir la source de la culture européenne. C’est un témoignage de la volonté des Juifs de faire connaître ad extra les textes saints qu’ils ont reçus. De plus, dans un monde grec partagé entre de multiples dialectes, les Septante se sont efforcés de créer un langage qui allait sans doute permettre ultérieurement d’écrire le Nouveau Testament en grec. Dès lors, il est vain de rechercher l’original hébreux ou araméen de ce texte sacré et on ne peut pas vraiment le comprendre sans se référer au vocabulaire des Septante, ce qui pose aux chrétiens des problèmes herméneutiques difficiles, comme nous allons le voir ci-après.

 

D’immenses problèmes herméneutiques

 

Il y a une évolution importante sur l’approche historique de Jésus. Jusqu’aux années 1960, il est apparu en opposition au judaïsme, cette opposition étant un des fondements du christianisme. Mais Marcel Simon, qui croise de nombreuses informations venant d’historiens juifs, considère que Jésus appartenait à la mouvance pharisienne en cours de cristallisation. Certains voient en lui un pharisien charismatique, lié à un courant minoritaire constitué de rabbis qui acceptaient les femmes comme disciples, ce qui était le cas de Jésus. Cette vision conduit à remettre en cause l’interprétation chrétienne traditionnelle des relations entre Jésus et les pharisiens. Comme ceux-ci n’étaient pas encore structurés, il s’agissait sans doute de discussions passionnées à l’intérieur d’un jeune mouvement qui se développe, plutôt que d’affrontements frontaux.

 

L’historien John Meier a consacré à Jésus un ouvrage colossal de 7000 pages intitulé Jesus, a marginal Jew ; la traduction de ce titre a posé problème à Marc-Jean Sed qui, avant de publier l’ouvrage, a choisi un certain Juif Jésus. Daniel Boyarin, s’inspirant de Saint-Paul, a écrit un livre sur Jésus qu’il a intitulé a radical Jew. Ces exemples illustrent les difficultés que connaît la christologie ; l’image souvent fossilisée du Christ ne transmet presque rien de la vie juive qui fut la sienne. C’est un premier problème posé à l’herméneutique, cette science qui aide à passer de l’intelligence d’une époque à l’intelligence d’une autre époque. Mais les auteurs juifs nous apportent une autre chance ; depuis 150 ans, une cinquantaine d’historiens juifs ont consacré des études magistrales à Jésus. L’un d’entre eux, Verblovski, va même jusqu’à dire : « Jésus, votre Dieu, est mon rabbi ». De plus, il y a eu au XXème siècle environ 140 romans juifs écrits sur Jésus, dans lesquels les auteurs ont pu mobiliser librement leur sensibilité et leur imaginaire pour peindre un Jésus juif contemporain de nous.

 

Il y a une deuxième question herméneutique : 70 % des arguments anti-juifs retenus de l’Ancien Testament viennent des Pères de l’Eglise et non de Jésus ou de l’Evangile. D’où un gros problème pour le christianisme : que fait-on de toute cette tradition ? C’est sur ce sujet que les choses sont le moins avancées, mais il y a sans doute une solution. La tradition ne tient pas la même place dans le judaïsme et dans le christianisme. Pour celui-ci, le mot tradition vient du verbe tradere, intimement lié au fait de donner sa vie. On peut en déduire un critère de tradition lié au don de la vie, donc un critère eucharistique et pascal qui ne heurterait pas le monde chrétien.

 

Enfin, il y a un troisième problème herméneutique : la Bible juive n’est pas l’Ancien Testament des chrétiens. Pour les chrétiens, Jésus est la plénitude de la révélation et les anciens textes sont réquisitionnés pour nourrir et étayer cette thèse. Pour les juifs, la Torah, formée des cinq premiers livres de la Bible, constitue la plénitude de la révélation ; le reste, le Tanakh, ne fait que signifier l’actualité de ce qui a été révélé, même si c’est un passage obligé pour accéder à la plénitude du sens de cette révélation. C’est une différence majeure. En 1949, le théologien Louis Bouyer écrivait que les catholiques étaient protestants vis-à-vis de l’Ancien Testament car ils le coupaient de sa tradition vivante que représente la lecture juive des écritures. Jésus, existentiellement, est allé jusqu’au bout de la révélation biblique, mais il en a fait une lecture juive.

 

Michael Löwy, sociologue marxiste, a souligné l’ampleur du bouleversement résultant du droit donné aux Juifs d’accéder à l’Université ; cette ouverture, qui s’est produite dans la seconde moitié du XIXème siècle ou au début du XXème, suivant les pays, a permis l’émergence de nombreux universitaires juifs de grand talent. Certains, comme Julius Guttmann, vont formuler les doctrines juives de manière académique, sortir leurs traditions de l’enfermement, donner une herméneutique vivante de Jésus et de la Bible. Dès lors, il n’est plus nécessaire d’aller à la yeshiva et d’étudier le Talmud toute la journée pour pénétrer dans la tradition juive et trouver l’aide nécessaire à la découverte d’un foisonnement de textes d’autant plus hermétiques qu’ils sont écrits de manière très abrégée, comme en sténo. Une grande attention est portée au messianisme. Puis une rupture intervient entre une tendance progressiste qui donnera naissance à l’Ecole de Francfort et une tendance que Michael Löwy qualifie de romantique, pour laquelle le progrès, tout en apportant du bien, fait d’importants dégâts ; c’est ainsi que Walter Benjamin et Hans Jonas mettent l’accent sur les décombres du progrès.

 

D’autres universitaires juifs vont s’occuper très spécifiquement de religion. Ainsi, Gershom Sholem restitue en langage académique l’enseignement de la Kabale ; Il montre qu’au-delà d’entretiens difficilement compréhensibles, il s’agit d’une très grande pensée intellectuelle et mystique. Ses successeurs permettent aux chrétiens de mieux aborder le Talmud. Ainsi, Ephraïm Urbach, qui après Scholem préside l’Académie israélienne des sciences et lettres, écrit un manuel à l’occidentale sur l’enseignement du Talmud, intitulé les sages d’Israël.

 

En dehors du texte des Evangiles, nous avons peu d’informations sur Jésus. Celui-ci a vécu 18 siècles avant l’invention du journalisme ! La manière de rédiger d’alors n’avait aucun rapport avec ce qui constitue notre culture quotidienne. Mais aujourd’hui, les chrétiens ont des interlocuteurs qui leur exposent les doctrines juives de manière accessible et moderne, permettant d’élaborer des réponses aux questions herméneutiques précédemment mentionnées. Une importante étude de Larry W.Hurtado (Le Seigneur Jésus Christ – La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme) montre que la mémoire de Jésus s’est constituée en seulement vingt ans après sa mort, ce qui est extrêmement court pour l’époque. La rédaction des textes des Evangiles, qui demandait un travail littéraire important, notamment pour prendre en compte les interprétations des Septante, a été beaucoup plus longue. Ce pourrait être l’origine d’une rupture dont nous n’avons pas suffisamment conscience.

 

Judaïsme et christianisme : intégration ou rupture ?

 

Franz Rosenzweig, philosophe spécialiste de Hegel, écrit l’Etoile de la Rédemption en six mois, dans les tranchées des Balkans au cours de la première Guerre mondiale, sur des enveloppes carrées envoyées à sa famille. On peut dire qu’il fait évoluer le credo juif, bien qu’il n’y ait pas vraiment de credo dans le judaïsme où la vérité ne tient pas dans un dogme mais plutôt dans les arguments de la discussion. Pour les chrétiens, le credo s’est constitué en ajoutant des articles de foi. Inaugurant une démarche inverse, Maïmonide avait recherché, à partir du texte biblique, ce qui est retranché d’Israël ; il avait ainsi rédigé un credo à rebours constitué de 13 articles. Rosenzweig rapproche l’article 6 (Je crois avec une foi parfaite que Dieu a parlé par les prophètes) de l’article 7 (Je crois avec une foi parfaite que la prophétie de Moïse est vraie) ; il souligne que l’ouverture sur la prophétie venant de Dieu est plus large que sur la prophétie venant de Moïse. Sur cette base et en s’inspirant d’une lecture phénoménologique des fêtes juives et des fêtes chrétiennes, il construit une synthèse philosophique et religieuse, ainsi qu’un petit credo en trois articles (création, révélation, rédemption). Il illustre sa construction par Maguen David, l’Etoile de David, issue de la superstition juive, reliant la triade descendante création-révélation-rédemption et la triade ascendante univers-Dieu-homme. Il ne peut prévoir que cette étoile, qui sert de thème de décoration à de nombreux monuments, deviendra, peu après sa mort, l’étoile jaune imposée par les nazis, avant d’orner le drapeau d’Israël.

 

Alors que certains théologiens spécialistes du judaïsme et du christianisme y décèlent deux voies distinctes pour découvrir la vérité, nombreux sont les penseurs qui vont dans le sens d’une forte intégration judéo-chrétienne. Déjà Spinoza écrit dans Ethique qu’il n’y a pas de religion vraie et de religion fausse : ou bien elles sont toutes vraies ou bien elles sont toutes fausses. A l’époque des Lumières, la Haskala juive, tout en contribuant à développer l’esprit de tolérance, permet de valoriser l’apport culturel juif à l’histoire des civilisations. Plus récemment, Sigmund Freud, au cours d’une discussion célèbre avec Oskar Pfister, pasteur protestant, dit que l’antisémitisme n’est que la haine du christianisme ; en effet, un être humain ne supporte pas les défauts qui sont les siens et il éprouve le besoin de les attribuer à quelque autre. Rosenzweig explique que le chrétien qui s’agenouille en disant Jésus est Seigneur dit vrai et qu’il le proclame à l’intérieur du credo juif. André Chouraqui, l’ancien maire de Jérusalem, n’hésite pas à affirmer qu’il faut partir de Jésus juif pour comprendre la Bible ; il en vient à inverser les temps !

 

Mais, pour que la voie unique ne fasse pas courir un risque totalitaire, il faut qu’elle se découple de différentes manières. Donnons-en quelques exemples. L’universalité du christianisme se traduit par catholique, un des mots-clés du credo ; le croyant n’y dit pas sa foi en une église qui exclurait les autres, mais sa foi en l’universalité de son église. Le christianisme des origines, qui ne correspond pas aux frontières de l’empire romain, a introduit un découplage en distinguant le spirituel et le temporel. Pour le judaïsme, les dix paroles peuvent avoir une portée universelle englobant le peuple juif et les nations qui l’entourent si on en exclut le shabbat ; les juifs rabbiniques du Talmud considèrent que les non-juifs sont dispensés des 613 préceptes du mitzvot (dont la source n’est pas biblique). Mais le judaïsme s’est aussi attaché à créer des spécificités pour éviter d’être dissous dans d’autres courants. Ainsi, le culte de Rabbi Akiva, martyrisé par les Romains, était une réponse à ce que la personne de Jésus représentait pour les chrétiens. Quant à l’assemblée de Yabneh, de nombreux historiens en contestent la réalité ; elle aurait pu être une invention pour faire pendant au Concile de Nicée et réduire les risques d’absorption des juifs par les chrétiens.

 

La véritable rupture idéologique et politique entre le judaïsme et le christianisme ne serait-elle pas liée à Saint-Paul qui ne témoigne pas de la même continuité que les Evangiles ?  De nombreux théologiens le prétendent, mais ce n’est pas un avis unanime. Ainsi, d’éminents spécialistes comme Daniel Boyarin et Simon Légasse, auteur d’un essai posthume non encore publié (Saint-Paul, ce juif qui n’a jamais imaginé d’être chrétien) montrent que Paul n’est pas en rupture par rapport à Jésus, qu’on peut trouver dans le Talmud l’origine de tout ce qu’il dit et qu’il reprend la problématique pharisienne par rapport aux Craignant-Dieu.

 

En conclusion

 

Il ne faut pas séparer abusivement le judaïsme et le christianisme, dont les différences sont d’autant plus enrichissantes qu’elles sont exprimées à partir d’une sagesse commune. Mais peut-on espérer, dans l’avenir, un développement de l’interlocution judéo-chrétienne et de nouvelles révisions herméneutiques propres au christianisme ? On peut, à cet égard, exprimer une certaine inquiétude. Il y a eu un changement de génération depuis la prise de conscience de la shoah. Mais surtout, le système de l’église catholique est très verrouillé, notamment en ce qui concerne les programmes des instituts catholiques ; les meilleurs chercheurs ont des difficultés à se faire entendre et les enseignants n’ont pas les marges de manœuvre suffisantes pour refonder leur discipline avec des apports extérieurs. Certes, les philosophes chrétiens sont plus fertiles que les théologiens, mais les milieux catholiques portent aujourd’hui moins de puissance intellectuelle que par le passé.

 

Soulignons enfin qu’il est aujourd’hui essentiel d’éviter toute confusion entre le peuple juif et l’Etat d’Israël. C’est au peuple que s’applique l’identité juive ; c’est lui qu’elle met en mouvement. Cette distinction pourra permettre de lutter contre l’antijudaïsme, l’antisémitisme et l’antisionisme avec les armes les mieux appropriées à chacun.

 

Claude Liévens

 

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